Comment une politique étrangère plus affirmée a fait passer le risque géopolitique au-dessus des profits des entreprises

Le début de 2026 a marqué un changement fondamental dans la perception des investisseurs quant à la principale menace pour les marchés boursiers. Plutôt que la faiblesse économique ou des résultats d’entreprise décevants, ce sont désormais les tensions géopolitiques issues des mouvements assertifs de la politique étrangère de la Maison Blanche qui dominent le sentiment du marché et l’évaluation des actifs.

Janvier a commencé avec une série d’événements internationaux qui ont secoué les marchés financiers. Le dollar américain a chuté à son niveau le plus bas depuis quatre ans, l’or a dépassé 5 000 dollars l’once, le cuivre a atteint de nouveaux sommets, le pétrole a grimpé à son niveau le plus élevé en six mois, et les obligations du Trésor à long terme ont subi une forte pression de vente. Malgré ces conditions turbulentes dans plusieurs classes d’actifs, les actions ont réussi à afficher des rendements positifs pour le mois — un développement qui masquait une incertitude sous-jacente quant à la direction de la politique.

Les marchés turbulents de janvier reflètent une inquiétude croissante concernant la politique

Todd Morgan, président de Bel Air Investment Advisors, a résumé succinctement le changement d’état d’esprit des investisseurs : « La perception des États-Unis a notablement changé par rapport à l’année dernière. Les préoccupations autour des actions présidentielles, des questions sur d’éventuels tarifs douaniers, des relations diplomatiques et des déploiements militaires majeurs dans le monde s’accumulent. Je ne me souviens pas d’une situation comparable depuis des décennies — et cela se déroule en ce moment même. »

La source de cette anxiété est claire. Le président Trump a lancé 2026 avec une intervention militaire au Venezuela, conduisant à la capture de l’ancien leader Nicolás Maduro. Il a ensuite menacé de nouveaux tarifs sur les nations européennes en opposition aux initiatives groenlandaises et a accru les tensions avec l’Iran par de nouvelles menaces d’action. Même la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale — généralement un développement favorable au marché — n’a pas réussi à calmer les investisseurs nerveux. Ce schéma suggère que les décisions politiques et les mouvements géopolitiques ont commencé à surpasser les catalyseurs positifs traditionnels comme une direction accommodante de la banque centrale.

Les actifs en dollars perdent leur statut de valeur refuge face à l’incertitude politique

Ce qui distingue cette période des épisodes géopolitiques précédents, c’est l’émergence de frictions avec les alliés traditionnels des États-Unis, notamment l’Europe et le Canada. Cela remet en question les caractéristiques de valeur refuge des actifs libellés en dollars, en particulier des obligations du Trésor américain à long terme, qui représentent un marché mondial de 30 000 milliards de dollars.

Tony Rodriguez, responsable de la stratégie sur les revenus fixes chez Nuveen, explique les implications : « Les investisseurs nationaux et internationaux réévaluent la place des actifs en dollars dans leurs portefeuilles en raison de l’incertitude politique accrue. La volatilité de la politique américaine a explosé en janvier, obligeant les investisseurs à exiger une prime de risque plus élevée pour justifier la détention d’investissements américains. »

Cette revalorisation reflète quelque chose de rarement observé auparavant — des investisseurs internationaux remettant en question si les obligations américaines et les avoirs en dollars méritent toujours leur statut traditionnel de valeur refuge lorsque les risques géopolitiques émanent de la politique étrangère des États-Unis eux-mêmes. Le calcul a fondamentalement changé.

Des résultats solides masqués par des mouvements assertifs de la Maison Blanche

Stephen Dover, stratégiste en chef du Franklin Templeton Institute, reconnaît que « les marchés ont historiquement montré une mauvaise capacité à intégrer les risques géopolitiques dans les prix des actifs. » Mais il note une réponse émergente : les investisseurs cherchent de plus en plus des stratégies pour naviguer dans ces conditions turbulentes en anticipant les développements géopolitiques, avec notamment une augmentation des réserves d’or par les banques centrales.

Du côté positif, les fondamentaux des entreprises restent résilients. Début février, environ un tiers des sociétés du S&P 500 avaient publié leurs résultats du quatrième trimestre 2025, avec 75 % dépassant les estimations des analystes — légèrement en dessous de la moyenne quinquennale de 78 % et de la moyenne décennale de 76 %, selon FactSet. Cette performance solide devrait théoriquement soutenir l’évaluation des actions.

Cependant, Shannon Saccocia, directrice des investissements chez Neuberger Berman, souligne une déconnexion préoccupante : « Cela s’est avéré être un environnement difficile. Normalement, des résultats solides aideraient à compenser les inquiétudes concernant les développements géopolitiques ou les changements de politique, mais cette dynamique de protection ne fonctionne pas cette fois. »

Les signaux du marché suggèrent une réévaluation de la prime de risque

Malgré les vents contraires géopolitiques, les actions ont commencé la semaine en hausse, avec le S&P 500 en hausse de 0,5 %, le Dow Jones Industrial Average en progression de 0,7 %, et le Nasdaq Composite gagnant près de 0,8 %, selon FactSet. Cependant, cette modeste vigueur masque une incertitude plus profonde quant à la stabilité des supports de valorisation traditionnels.

Les investisseurs continueront à suivre les résultats du secteur technologique tout au long de la semaine, avec ceux de Palantir Technologies, Advanced Micro Devices et Qualcomm prévus. Alphabet (la maison mère de Google) publiera mercredi, suivi d’Amazon jeudi. Ces annonces testeront si la force du secteur technologique peut apporter la reassurance que les résultats plus larges des entreprises ne parviennent pas encore à fournir.

La situation est compliquée par la fermeture partielle du gouvernement américain, qui en est à son troisième jour alors que le Congrès négocie des propositions de financement. Tout retard dans la résolution de ce déficit de financement d’ici mardi pourrait perturber la publication de données économiques clés, notamment le rapport sur l’emploi de janvier prévu initialement pour vendredi — un rapport qui pourrait influencer de manière significative les attentes du marché concernant les taux d’intérêt et la dynamique économique à l’approche du printemps.

La tension fondamentale demeure : les investisseurs doivent choisir entre faire confiance au fait que les signaux assertifs de la politique étrangère se résoudront éventuellement sans dommage économique, ou exiger de plus en plus une compensation sous forme de valorisations plus élevées ou de prix plus bas pour détenir des actifs durant cette période d’incertitude géopolitique.

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